Espaece (Aurélien Bory / Georges Pérec / Centquatre)

(quand on ne lit pas la bible)

Un spectacle sponsorisé par la Générale de la Roulette, fournisseur officiel des roulettes des décors de Simon Stone, aussi visible à une moindre échelle dans certaines productions de Alexis Michalik.

 

(de quoi ça parle en vrai)

Espèces d’espaces est le titre d’un essai de Georges Perec. Espèce et Espace sont aussi deux obsessions poétiques, philosophiques et scénographiques d’Aurélien Bory. Avec Espæce, mot-valise qui contracte les deux notions, le créateur polymorphe donne à voir les habitants lettrés d’une œuvre polysémique… En proie au jeu hasardeux d’un grand mur sur roulettes, cinq interprètes déploient des trésors de grammaires gestuelles. Rhétorique de l’enfermement, dynamique de l’échappée. D’aplatissement en contorsions, les comédiens, danseurs et acrobates rivalisent d’imagination avec la paroi mouvante. (site du 104)

 

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Crédits photos : Aglaé Bory, Christophe Raynaud de Lage (lui et/ou l’autre ?)

 

(ceci n’est pas une critique, mais…)

« Vivre, c’est passer d’un espace à un autre, en essayant le plus possible de ne pas se cogner »

Après Avignon en 2016 et sûrement d’autres endroits mais j’ai pas creusé la question, Aurélien Bory s’empare d’un des espaces du 104 pour y installer sa machine infernale. Il y a quelque chose de Kafka dans cette histoire avec ces cinq personnages enfermés dans cet espace protéiforme. Ce fameux grand mur est impressionnant et je suis époustouflé, comme dans un spectacle de magie, même si ça m’énerve, de le voir bouger avec l’aide quasi-invisible des régisseurs. Parler de Perec sans énoncer un seul mot. Un peu comme quand celui-ci écrit une histoire sans utiliser la lettre e. Impossible n’est pas français. Je pense qu’on pourrait demander à plusieurs spectateurs la petite histoire qu’ils se sont fait dans leur tête, nous obtiendrions à chaque fois une version différente. Car Espaece ouvre notre boite à imaginaire, aidé par les performances des interprètes, acrobate, contorsionniste, chanteuse lyrique, Olivier Martin Salvan qui est un effet spécial à lui tout seul, avec un solo hilarant, qui s’adaptent comme ils peuvent à ce fameux espace.

Il y a sûrement des références qui nous échappent, mais on tient là un très bel objet visuel non identifié.

 

vu le dimanche 10 décembre 2017 au Centquatre, Paris.

prix de la place : 15€ (abonnement)

 

ESPAECE

conception, scénographie et mise en scène : Aurélien Bory

interprétation : Guilhem Benoit, Mathieu Desseigne Ravel ou Nicolas Lourdelle, Katell Le Brenn ou Lise Pauton, Claire Lefilliâtre, Olivier Martin-Salvan

collaboration artistique : Taïcyr Fadel  – création lumière : Arno Veyrat – composition musicale : Joan Cambon – décor : Pierre Dequivre – automatismes : Coline Féral – costumes : Sylvie Marcucci, Manuela Agnesini – régie générale : Arno Veyrat – régie plateau : Thomas Dupeyron, Mickaël Godbille – régie lumière : Carole China – régie son : Stéphane Ley ou Bernard Lévéjac

jusqu’au 13 décembre 2017 au Centquatre (Paris) avec le Théâtre de la Ville

Et du 5 au 7 avril 2017 au Théâtre de Caen.

 

(une autre histoire)

Printemps 1991 : Finale départementale d’orthographe des Bouches du Rhône. J’en suis. Je suis arrivé deuxième. Déjà quand j’étais petit, à l’école primaire, j’étais deuxième. On m’appelait Poulidor. Les adultes m’appelaient comme ça, parce que nous autres enfants ne savions absolument pas qui était Poulidor. D’ailleurs, je suis persuadé que certains d’entre vous ne connaissent pas non plus cet ancien formidable coureur cycliste. On l’appelait Poupou… Oh purée ! Je m’en rends seulement compte maintenant. A l’école, on m’appelait Poupou. Aujourd’hui sur mon lieu de travail, on m’appelle aussi Poupou. En fait on m’appellait Poussin et c’est devenu Poupou. Pourquoi Poussin, je n’en sais rien. Poupou je fus, poupou je resterai. Toute ma vie. Même dans la rue, on m’appelle Poupou ! Ça craignait un peu quand j’étais plus jeune (ça craint toujours pour d’autres raisons) : « Hey, tu veux sortir avec Poupou ? Poupou ! Devant toi, là, tu le vois pas ? Mais oui, Poupou c’est son nom… En fait j’ai jamais su pourquoi on l’appelait comme ça, mais j’ai jamais demandé son vrai prénom. Je crois avoir entendu Alex… » Je préfère Poupou.

Je pense que si je n’étais pas arrivé deuxième de ce fameux concours d’orthographe, j’aurais brisé la mélédiction du poupou. La première du concours, elle était dans mon collège, je la connaissais. D’ailleurs je l’ai revue y a quelque temps, elle travaille dans l’édition, un chouette boulot. Si j’avais été premier, j’aurais aussi travaillé dans l’édition et on ne m’aurait plus appelé Poupou. Tout ça à cause d’une miniscule erreur : j’ai écrit espaece au lieu d’espèce.

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

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