Hors série : Gladparty

CECI N’EST PAS DU TOUT UN TEXTE AUTO-CENTRÉ SUR MOI-MÊME.

Je lis que plus de 100 personnes seront présentes à cette soirée réunissant des passionnés de théâtre (spectateurs, blogueurs, professionnels…). Parfois (rarement), je suis impulsif (comme quand j’ai pris cet aller retour Paris Montreal après un rendez-vous avec ma banquière durant lequel elle me conseilla d’arrêter les frais (sorties et voyages) si je voulais acheter un bien immobilier, comme on dit) : je m’inscris, je participe au pot pour les miam miam et les glou glou (me voilà qui fait comme Philippe Caubère, à ne parler que par onomatopées). Comme je suis radin, me voilà beau. Je ne peux reculer. Je me vois obligé d’y aller.

Je suis celui qui, peu à peu, devient misanthrope (Cioran, sors de ce corps!). Je suis celui qui n’ose aller vers les gens qu’il ne connait pas (je suis timide mais je me soigne de moins en moins). Nous sommes des avatars, des noms de blogs, des noms de code. Qui sommes-nous ?

En sortant du métro, on voit la Tour Eiffel qui fait toujours son petit effet. Je me rends compte que je n’ai jamais assisté à son extinction. 3, 2, 1, comme Hippo dans le Monde sans pitié d’Eric Rochant. C’est un film.

A l’accueil, on me dit que c’est au troisième étage, sans ascenseur. Les doigts dans le nez, j’habite au sixième. Je débute mon ascension. Mazette, je suis à quel étage ? Rien n’est indiqué ? Je monte puis on verra. Des affiches, récentes et anciennes. Ce sont les plus anciennes qui m’intéressent, comme celle d’un spectacle avec Guy Bedos (le premier artiste que j’ai vu sur scène avec les parents) et Sophie Daumier. Je monte, je monte, je monte, je monte. Pas du tout essoufflé. Je suis tout en haut. Personne. Je redescends. Ah, des gens. Les gouttes de sueur font leur entrée sur mon front et mon échine. Je place mon manteau au porte-manteau, on m’explique la marche à suivre. Je dois écrire mon prénom sur un autocollant puis le coller quelque part sur mon pull en cachemire. Je l’écris comment mon prénom ? Je sais comment ça s’épelle, c’est mon métier. Je veux dire… parce qu’il y a écrit en gros « Gladparty ». J’ai le droit d’écrire mon prénom dessus ? Oui ? Non ? Je vais écrire en petit… Axel… et aussi le nom du blog que je commets, en petit également.

L’instigatrice de cette rencontre au sommet m’accueille, comme elle le fera avec chacun d’entre nous. « Je me présente, je m’appelle Axel. » « Tu es Axel Ito ? », répond-elle. J’avais oublié que c’était mon nom sur Twitter. Un autre convive me demandera plus tard si je travaille dans les finances, parce que le lemme d’Itō, ou encore formule d’Itō est l’un des principaux résultats de la théorie du calcul stochastique. Ce lemme offre un moyen de manipuler le mouvement brownien ou les solutions d’équations différentielles stochastiques. Vous suivez toujours ? J’avais une amie que j’appelais Amelita et elle m’appelait Axelito et c’est resté. C’est tout.

J’entre dans les lieux et là… des gens. Un buffet. Et des gens. Et le buffet. Le buffet d’abord. Premier verre de vin rouge. Je tente de me souvenir de ma première dégustation oenologique d’il y a quinze jours, mais avec un gobelet, c’est pas simple. Tout le monde discute. Je bois et je reste seul. Je bois. Un peu trop vite. Toujours. Je me cherche une contenance, insouciante, si possible. Je suis dans un mariage où je ne connais personne. Je suis à la table des enfants. Ou pire des enseignants. Non. Je divague. Je m’appuie nonchalamment contre le mur, pose mon coude sur une table haute, mon coude glisse. Heureusement je ne fais tomber aucune goutte de mon précieux liquide. Je sens quelqu’un me dévisager, me retourne, mais c’est bien moi qu’on fixe, puis la personne porte son regard sur mon pull. Mince, j’ai pas évité la tâche de vin : je vais devoir garder mon manteau toute la soirée sur le dos pour cacher cette tâche que je ne saurais voir. Je vais avoir chaud, je vais transpirer, je vais cocotter, une bulle de protection en plastique sera mise autour de moi. Ah non, mon pull est intact. Elle lit seulement ce que j’ai écrit sur mon étiquette. Elle me « reconnaît ». Elle se présente. Je la « reconnais ». Ici, quand c’est la première fois, tu connais les gens sans les connaître. Tu connais leurs écrits, leurs commentaires sur tout et sur rien, mais tu ne les (re)connais pas eux. Ou parfois si, parce que tu les as vus en vidéo sur Youtube ou en photo sur Twitter, mais c’est pas pour ça que tu vas leur parler. Quand je ne connais pas, je ne sais pas quoi dire.

Je reconnais une autre personne que je connais via Instagram… ou Twitter… Je ne sais plus… C’est elle qui a commencé à me suivre ? Ou moi ? Pour quelle raison ? Depuis combien de temps ? L’oeuf ou la poule ? Je savais qu’elle viendrait, elle savait que je viendrais, on s’en était parlé. On discute, de cinéma, de théâtre, de la soirée, etc.

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On fait une courte visite du théâtre, agrémentée d’anecdotes passionnantes contées par notre guide (je ne me souviens plus de son prénom. J’ai un problème avec les prénoms, de plus en plus). Personne dans le public. Tu t’es déjà retrouvé tout seul dans un théâtre, au moins cinq minutes ? Personne dans la salle, personne sur le plateau ? Dix minutes où tu peux faire exactement ce que tu veux. Je te le conseille.

Je tente une approche. J’essaie de lire l’étiquette d’une participante. Je n’arrive pas à bien lire. Plissement des yeux. Je crois que je passe trop de temps devant l’ordinateur. Ou bien est-ce le mélange vin blanc vin rouge muscat (j’aurais bien voulu champagne, mais ce fut muscat). Elle me regarde bizarrement. « Non, mais non, je ne regarde pas ta poitrine, pas du tout, j’essaie de lire ton étiquette, mais j’arrive pas à déchiffrer. Non, je ne me permettrais pas… Je suis pas comme ça. Et si je le fais, oui, ok, ça m’arrive, ben je le ferais pas comme ça en tout cas, je serais plus discret. T’as un radar qui te dit quand on te mate ou pas, c’est ça ? J’ai vu un film où ils en parlaient (je ne me souviens plus du film, j’ai un problème avec les titres, de plus en plus). » Ce dialogue, qui n’en est pas un, se fait dans ma tête. Oui, je suis plusieurs. J’aime Fernando Pessoa.

« NON NON NON PAS D’INSECTES DANS MA TÊTE… »

Y a même un concours pour gagner des places à la Comédie-Studio des Champs Élysées. Je n’ai pas gagné. Tant pis, je n’irai pas voir le spectacle d’un mentaliste (de toute façon, j’ai jamais regardé la série) ni même la nouvelle pièce de Florian Zeller (j’attends la prochaine, « Le tonton » : blague déjà vue avec un brin de mauvaise foi… je n’ai vu aucune de ses pièces.)

Je ne gagne pas cette fois-ci. Mais lors de la prochaine soirée, je reviendrai et je gagnerai. Ou pas. Mais je reviendrai. Avec un autocollant de ma fabrication et j’écrirai en gros mon prénom : Mince, comment je m’appelle déjà ? J’ai un problème avec les prénoms, de plus en plus.

Textes (sauf mention contraire) : Axel Ito

 

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